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Βρίσκεστε εδώ: Home Κείμενα Français L’objet de la perte dans la dépression (Nicolas Sideris)

L’objet de la perte dans la dépression (Nicolas Sideris) Εκτύπωση E-mail

La dépression correspond à une condition psychique spécifique, dans laquelle l’objet aimé, devenu objet de la perte, n’est ni perdu ni non perdu.

D’une part, les modes d’échange entre le sujet et son objet aimé se trouvent radicalement modifiés du fait de la perte, surtout en ce qui concerne les échanges d’amour. Cette expérience pénible empêche le sujet de considérer l’objet comme non perdu, malgré tous le dénis et les consolations fictives, imaginaires ou symboliques, déployées.

D’autre part, introjection du et identifications avec l’objet aimé permettent au Moi (et aux autres instances psychiques) de continuer à croire que l’objet aimé est toujours présent (au sein du Moi, c’est-à-dire, en termes de fantasme, en tant que constituant actuel du monde du sujet). Ainsi, malgré les indices venant d’autres directions, la sensation de « l’avoir toujours en soi » fait que le sujet n’arrive pas à percevoir l’objet comme perdu.

Ni perdu ni non perdu, l’objet de la perte accède donc à un statut paradoxal, puisque sa perte reste indécidable.

La dépression représente une réaction psychique spécifique, qui surgit quand le statut de l’objet de la perte reste indécidable. Cette indécidabilité rend le travail de deuil impossible et fait que le sujet s’enlise dans un moment éternel de douleur stérile et de jouissance inavouable à connotations narcissiques dominantes. Dans ces conditions, le vécu dépressif se constitue autour d’un noyau dur, qui correspond à la plainte d’un amour frustré (trahi, déçu ou inachevé)  plainte dont le sens et le destinataire restent énigmatiques pour le sujet, d’autant plus que ses doléances revêtent la forme des auto reproches.

En termes d’altérations discursives, on peut considérer que le couple pronominal « je/moi » vient d’éclipser le couple « tu/toi »; que la première personne vient de s’approprier de la deuxième, ayant traduit l’expérience de la perte en fiction d’introjection et ses plaintes en auto reproches.

Cette plainte d’amour frustré quand le statut de l’objet de la perte reste indécidable représente le pivot, la clé et la voie principale pour l’abord psychothérapeutique de la dépression.

La direction de la cure peut (à toute fin utile, sans dogmatisme, avec toute la flexibilité nécessaire… et autres précautions pratiques  et de langage) être codifiée sous forme de huit pas tactiques qui se succèdent/huit plis qui se déplient et se déploient selon une temporalité surdéterminée, « symphonique », qui n’est pas linéaire mais se développe en spirale (recouvrements réciproques prévus et attendus), selon l’esquisse suivante:

Direction stratégique: Dépassement de l’indécidable, constatation de la réalité historique et déclenchement du travail de deuil.

Objectif: Passer de « l’objet de la perte » (indécidable) à la perte de l’objet (assumée).

Principe méthodologique: Désignation et émergence du « tu/toi », dénouement de l’entrelacement entre « je/moi » et « tu/toi ».

Huit plis de la thérapie:

Passer du « constat d’indignité du moi » à la formulation de la plainte: « Pourquoi est-tu parti-e (en emportant ton amour) » / (Je refuse d’accepter et de contresigner la perte parce que) je veux (de nouveau – pour toujours) l’amour (de toi) ».

Elaboration du mode d’énonciation: « Description – indignité » au lieu de « plainte – exigence ».

Des identifications imaginaires partielles à l’introjection de l’objet.

Recherche et désignation du destinataire de la plainte / exigence, qui est l’objet (le « tu/toi » se dessine comme « objet de plainte »): « Pourquoi m’as-tu quitté-e? »

Se confronter à l’indécidable par rapport au statut de l’objet de la perte (perdu – présent / « mort vivant » / …).

Elaboration de l’ambivalence: Doléances rageuses/plainte – exigence d’amour…

Constater et assumer la réalité historiquecela est perdu / « moi, je vis dans la plainte »…).

Deuil de l’objet perdu (définitivement): Dépasser l’exigence irréalisable à l’égard de « ce qui a été perdu entraînant la perte du monde (sans mon consentement, donc, sans en être vraiment jamais perdu); « enterrer la hache de la guerre »; dépasser – oublier le « toi » imaginairement introjecté (= « moi »); sauver la référence symbolique, le souvenir et leur équivalent de nostalgie et d’amour désormais non menacés par les vicissitudes de l’histoire; réarrangement des investissements.

Sans vouloir en faire une règle, mais comme indication par rapport au contrat thérapeutique pendant les entretiens préliminaires, mon expérience (personnelle et à travers le contrôle d’autres thérapeutes ayant travaillé selon ce projet) montre que la durée prévue de la cure se situe entre six et huit mois.

Séminaire « Dépression et névrose dans le monde actuel: Clinique et thérapie », 08-12-1999